Comme autant d’adieux
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26 avril 2009, 2:36
Classé dans : Été
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«Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.»
Albert Camus, Noces suivi de L’Été.

photo: guillaume.d.cyr
Une trace dans la neige qui me suit, qui remonte ma piste, de là où je viens. Dans un escalier, je remonte vers un chez moi, avec cette impression que la personne qui m’attend est restée en bas. Si ce n’était du vent, j’aurais peut-être pu me retrouver quelque part, au coin d’un hiver incroyable, où la neige était tombée comme dans le temps. Un temps que je ne connais pas.
Je ferme les yeux, essayant de distinguer un son qui me ramène dehors, une lumière qui filtrerait à travers mes paupières, un baiser qui se poserait sur mes cils, comme les adieux des enfants, il y a longtemps. Un longtemps dont je ne me rappelle plus.
Sur un quai de gare, avec le son du réseau de la SNCF qui chante le départ des trains, les yeux inquiets qui te regardent à travers la vitre, qui te rappellent tous les arrêts avant le tien, qui te précisent les directions, de peur que tu te perdes. Avant je m’arrêtais toujours au bon arrêt, à la bonne station, parce que je ne savais pas qu’il ne suffit pas de se tromper d’arrêt pour se perdre, on peut se perdre en restant dans son lit.
Les gens ont toujours eu peur que je me perde, dans un aéroport, dans une gare. Il y a eu des allers-retours et des adieux, en boucle, comme des cheveux, qui s’emmêlent avec le temps ,qui font des nœuds qui te prennent à la poitrine. Figer le temps pour se rappeler de cette impression sur le quai de la gare, de ce vide, de ce silence qui se font toujours semblable. Quand tu te retournes sur un pont et que déjà, tu es plus loin que l’autre.
Je peux prendre le bus et traverser Québec de long en large, de quartier en quartier, aller jusqu’au Zoo, où il n’y a pas d’animaux, marcher jusqu’aux limites de la ville pour me rendre compte qu’il n’y en a pas. Essayer de me perdre un peu plus, parce que la neige a fondu et que mes traces n’y sont plus, parce que le bruit de mes bottes dans la neige molle est aussi absent que le reste.
L’été sans la mer, ce n’est pas vraiment l’été, ça n’a rien d’invincible, ça n’a rien d’accablant de chaleur, ça ne te tombe pas dessus à la terrasse des cafés, comme un soleil qui s’écraserait dans la rue. L’été sans la mer, c’est l’été sans moi, sans nous, à la mer. Le bruit des vagues ressemble des fois tellement au bruit des bottes dans la neige, assourdissant dans le silence qui les entoure. Je voudrais retourner à la mer.
Et je coule dans mon lit, comme une rivière bouillonnante, comme autant d’adieux à l’hiver.
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