Pomme de neige


Elle
7 août 2009, 12:45
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Elle m’a dit, couchée dans son lit, que je devrais peut-être aller nager, dès demain, que l’eau serait peut-être un peu froide, mais qu’avec quelques gouttes sur la nuque et sur les cuisses, je ne sentirais rien. Elle voulait dormir, mais déjà, au fond de ses draps, elle me parlait des vagues, et du repas du soir, il faudrait laver les assiettes, faire attention à celles en porcelaine, ne pas frotter les fleurs incrustées, qui perdraient leur brillant. Et ce serait dommage, depuis le temps qu’on les avait. Parfois elle avait pensé à les ranger dans le vaisselier de l’entrée, mais à quoi bon, on finissait toujours par s’en servir. Il faudrait les nettoyer de temps en temps, même rien que pour la poussière, et puis exposer des assiettes, c’était une idée étrange, autant exposer le reste et cessez de bouger tout à fait. Prétendre que les choses ne servaient pas vraiment.

Elle m’a dit de ne pas fermer la fenêtre, même s’il faisait froid. De laisser les rideaux sentir le sel. Elle m’a dit qu’elle pourrait me voir nager demain matin comme ça, de son lit. Je pourrais aller jusqu’à la bouée et revenir, le plus de fois possible, je pouvais dépasser la bouée aussi, si je voulais. Il faudrait que je pense à prendre une serviette, dans la pile près de la porte, et surtout à l’étendre, parce qu’elle n’aimait pas l’odeur du moisi. Elle m’a demandé si je pouvais ramener quelques coquillages, les enfants pourraient faire fondre du caramel dedans (après les voir nettoyer bien sûr) et les lécher dehors. À l’intérieur, leurs doigts collants sur la nappe, ce n’était pas possible.

Elle s’endormait, je crois.

***

Je pris une serviette, près de la porte, une sans trou, mais dont un des bord était décousu, et je sortais. Je marchais quelques pas à peine, étendit ma serviette, jetait un coup d’œil à la fenêtre, espérant qu’elle me regarde. L’eau était froide, évidemment, avec le vent. J’y trempais mes mains, mouillais mes cuisses, ma nuque, mes bras, en avançant doucement, et j’avais la chair de poule, jusqu’au bout du nez. Je nageais, chaque vague, prenant le dessus. Jusqu’à la bouée, où je m’agrippais. Avec le ciel nuageux, la mer avait l’air grise, avec des reflets ça et là, qui brillaient, comme la porcelaine des assiettes.  L’eau clapotait sous le tanguement de la bouée. Et je n’entendais presque rien. Je me suis dit que je pourrais bien dépasser la bouée maintenant, que je pourrais nager quelques mètres au moins, seule. Mettre tout à fait la tête sous l’eau. Elle avait dû cesser de regarder à présent. Les rideaux de sa fenêtre, agités  par le vent, semblaient comme vouloir sortir de sa chambre. Mais déjà, les enfants sortaient. Il faudrait penser à ramasser les coquillages, pour le caramel, peut-être faire fondre le sucre sur le réchaud dehors, pour éviter tout dégâts collants.  Ça la fâcherait, pas vraiment, mais elle serait contrariée. Je regagnais la rive, rapidement, parce qu’il faudrait tôt ou tard sortir de l’eau trop froide, penser à étendre les serviettes, l’écouter encore au fond du lit, essuyer le caramel au coin des lèvres, et ramasser les coquillages pour le lendemain.


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C’est doux amer comme du caramel

Comment par Anonyme




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